Depuis plusieurs mois, la gestion du Fonds spécial de réparation et d’indemnisation aux victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo (FRIVAO) fait l’objet d’un intense examen de la part des autorités judiciaires et gouvernementales congolaises. Ce mécanisme, créé après la condamnation de l’Ouganda par la Cour internationale de justice (CIJ) pour les dommages causés aux populations civiles congolaises, devait être un instrument central de réparation des victimes de violences et de destructions, en particulier dans l’Est du pays.
Transparence et relance des enquêtes
Reçu à deux reprises par le ministre de la Justice, j’ai été frappé par la détermination affichée de ce dernier à garantir une gestion transparente et rigoureuse du FRIVAO, notamment à travers le contrôle intégral des irrégularités du passé. Selon les audits initiaux, plus de 150 millions de dollars ont été détournés, résultat de pratiques de gestion douteuses et de failles dans les mécanismes de gouvernance.
Parallèlement, les enquêtes judiciaires en cours ont mis en lumière un autre détournement estimé à 40 millions de dollars, alimentant l’indignation des victimes et des observateurs. Ces investigations, conduites sous la supervision du Procureur général près la Cour de cassation, visent à établir les responsabilités pénales et à assurer la restitution des sommes détournées.
Mesures prises par le ministère de la Justice
Conformément aux décisions du Conseil des ministres, le ministre de la Justice a procédé à la suspension du président du Conseil d’administration du FRIVAO, Bernard Kalombola, et confié l’intérim à Dismas Kitenge Senga, dans le but de restaurer l’intégrité institutionnelle du fonds. Cette décision s’inscrit dans une démarche plus large de reprise en main des opérations et de clarification des responsabilités.
Le ministère de la Justice a également adressé des injonctions au Procureur général de Kisangani pour approfondir les investigations sur les allégations de mauvaise gestion, notamment afin de distinguer les victimes légitimes des prétendantes frauduleuses dans un contexte où des milliers de déclarations ont été reçues.
Défis de l’indemnisation des victimes
Alors que l’État s’efforce de mettre de l’ordre dans ce dossier, des tensions et des pressions externes ont émergé, certaines factions instrumentalisant la cause des victimes pour créer une agitation politique ou mettre en cause le ministre en charge de la Justice. Cette situation a contribué à obscurcir le débat public et à détourner l’attention des seules préoccupations légitimes des victimes.
Dans ce contexte, le ministère a annoncé son intention de faire appel à un cabinet d’experts internationaux pour mener une vérification indépendante des dossiers des victimes. Cette mesure, si elle est accompagnée de ressources suffisantes et d’une communication transparente, pourrait permettre de rétablir la confiance du public et d’identifier équitablement les bénéficiaires éligibles.
Vers une gouvernance plus responsable
Il est essentiel, pour le bon déroulement du processus, que toutes les parties prenantes — gouverneur, députés, associations de victimes et société civile — se réfèrent aux orientations techniques du ministère de la Justice plutôt que de céder à des réactions précipitées. Dans un dossier d’une telle complexité, la patience et la coopération institutionnelle sont des conditions indispensables pour que justice soit rendue de manière effective.
Encourager des manifestations désordonnées ou des interprétations infondées des faits n’aide ni les victimes ni le renforcement de l’État de droit. Au contraire, cela risque de miner les efforts de réforme en cours et de prolonger l’impunité qui a longtemps caractérisé cette affaire.
Conclusion
Le rôle du ministre de la Justice dans ce dossier est central — il est le garant de la transparence, de l’équité et du respect des principes juridiques. Plutôt que d’incriminer sans fondement ou de s’ériger en juges sans avoir entendu les avancées réelles, il serait plus constructif que les acteurs politiques et sociaux se déplacent vers les institutions compétentes pour s’informer et contribuer positivement au règlement de cette crise.
Au final, la réussite de FRIVAO — et plus largement de toute politique de réparation — dépendra de la capacité de l’État congolais à conjuguer rigueur judiciaire, transparence administrative et considération sincère pour les victimes, dans le respect des normes nationales et internationales.






