Dans certains villages reculés du Maniema Atshimbo, Salamabila, Kasongo, Nyoka et Muyengo des enfants grandissent avec des ventres vides malgré des champs fertiles. Ils ne reçoivent pas les nutriments essentiels à leur croissance.
Entre pauvreté, routes impraticables et croyances qui enferment la faim dans le mystère, la malnutrition cachée frappe en silence, touchant surtout les enfants de moins de deux ans, dont le développement physique et cognitif peut être irréversiblement compromis.
Une insécurité alimentaire généralisée

La situation nutritionnelle au Maniema ne peut être comprise sans évoquer l’ampleur de l’insécurité alimentaire. Selon une enquête réalisée en novembre 2023 par l’Institut National de la Statistique (INS), 80 % des ménages de la province font face à l’insécurité alimentaire. Ces chiffres révèlent une réalité dramatique : la grande majorité des familles ne disposent pas d’assez de ressources pour se nourrir correctement.
Un an plus tard, en décembre 2024, une autre étude, issue du rapport FSA 2024 et relayée par Congo Quotidien, confirmait cette tendance inquiétante. Elle montrait que 77 % des ménages du Maniema vivent toujours en insécurité alimentaire. Ces données soulignent la persistance d’un problème structurel qui touche directement les enfants et explique en grande partie la malnutrition chronique qui sévit dans la province.
Des villages où la faim s’invite malgré les récoltes

Fruits, légumes, maïs, arachides, poisson, soja… les récoltes ne manquent pas. Pourtant, la plupart des produits sont destinés à la vente pour payer l’école, acheter des habits ou couvrir d’autres besoins. Les enfants, eux, consomment surtout du fufu (pâte de manioc) et du pondu (feuilles de manioc).
« Nous cultivons et pêchons, et l’argent nous aide à survivre autrement. Pour la nourriture, on ne s’inquiète pas : nous mangeons chaque jour le pondu et le fufu, et cela nous suffit », confie maman Marie, une mère de Nyoka.
Cette monotonie alimentaire prive les enfants des nutriments nécessaires. Comme le souligne le Dr Danny Loanie, médecin chez Smile Train Africa :
« La monotonie alimentaire influence la santé des enfants et conduit à la malnutrition, surtout chez les moins de cinq ans, plus vulnérables. »
Quand les croyances compliquent tout
À Salamabila, dominée par les activités minières et commerciales, la malnutrition est souvent associée à la sorcellerie.
« Nous sommes allés voir des guérisseurs pour mon enfant d’une année sans comprendre qu’il s’agissait de malnutrition », raconte un père.
Ces croyances stigmatisent les familles et retardent l’accès aux soins, aggravant la situation.
Malnutrition infantile : une notion mal comprise
Dans plusieurs villages, malnutrition signifie simplement « manquer de nourriture ». Ainsi, tant qu’un enfant mange chaque jour, peu importe quoi, il est jugé en bonne santé. Mais quand il maigrit, certains parlent de sorcellerie.
L’OMS rappelle pourtant que la malnutrition résulte de carences, excès ou déséquilibres nutritionnels.
Le Dr Danny précise :
« Les enfants ont besoin d’apports alimentaires suffisants, différents de ceux des adultes, pour bien grandir. »
Or, au Maniema, l’alimentation centrée sur le manioc entraîne des séquelles irréversibles chez les enfants de moins de deux ans.
Conséquences visibles

Dans ces villages, certains enfants apparaissent très maigres, avec un visage squelettique. D’autres souffrent de retard de croissance, d’anémie ou de manque d’énergie.
« La malnutrition chronique entraîne un retard de croissance et le déficit en micronutriments provoque l’anémie, la décoloration des cheveux et l’affaiblissement du système immunitaire chez l’enfant. » Dr Danny a détaillé
Que faire pour limiter la malnutrition cachée au Maniema ?
La terre fertile et les rivières du Maniema offrent assez de ressources pour nourrir sainement les enfants : soja, poisson, viande, légumes, arachides et fruits. Ces produits devraient être utilisés en priorité pour diversifier les repas, surtout pour les 6-23 mois, les plus vulnérables.
L’allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois reste la meilleure pratique, car il apporte tous les nutriments nécessaires. Ensuite, les mères doivent être formées à la diversification alimentaire. En associant céréales, légumes et fruits, les enfants peuvent se procurer des protéines, des vitamines, des lipides ainsi que des sels minéraux. Malheureusement, dans les zones rurales, beaucoup de femmes abandonnent tôt l’allaitement pour reprendre les travaux champêtres, privant ainsi les enfants d’une alimentation équilibrée.
Une responsabilité collective

La malnutrition n’est pas une malédiction. Détectée tôt, elle peut être soignée. Chaque enfant mérite une alimentation variée et équilibrée. La communauté doit jouer son rôle : encourager l’allaitement, diversifier les repas et consommer les produits cultivés localement selon Dr Danny Loanie.
De Atshimbo à Muyengo, en passant par Nyoka, Kasongo et Salamabila, la malnutrition cachée continue de menacer les enfants, en particulier les moins de deux ans. Sans une prise de conscience collective, leurs chances de survie et de développement resteront gravement compromises.






