La République Démocratique du Congo traverse une phase décisive dans sa marche vers un véritable État de droit. Cependant, de récents événements survenus à Kinshasa jettent une ombre inquiétante sur cette ambition. L’arrestation brutale du Directeur général a.i. du FRIVAO, Chançard Bolukola, sans décision de justice connue ni justification formelle, révèle un climat de plus en plus étouffant, où l’autorité semble glisser vers l’autoritarisme.
Convoqué au ministère de la Justice, le numéro un intérimaire du Fonds Spécial de réparation des victimes illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo (FRIVAO) aurait été soumis à une série de pressions intenses et à des tentatives de démission forcée. Selon des sources concordantes proches du dossier, son refus, fondé sur le respect des règles administratives, aurait suffi à déclencher son arrestation dans des conditions qui interpellent la conscience nationale.
Quand la répression remplace le contrôle
Tout cela intervient alors qu’une mission officielle de l’Inspection Générale des Finances (IGF) est en cours à Kisangani pour auditer la gestion du FRIVAO sur une durée de 30 jours. Mais plutôt que de laisser la transparence institutionnelle faire son travail, le ministre de la Justice, Samuel Mbemba, aurait choisi la manière forte, préférant le coup de force à la procédure légale.
Cette arrestation soulève une question fondamentale : que cherche-t-on à dissimuler ou à précipiter ? Pourquoi intervenir alors même qu’un audit rigoureux et légal est en cours ? À défaut de réponses claires, les apparences jouent en défaveur du pouvoir.
Ce cas révèle une crise plus large : celle de la gouvernance institutionnelle. L’usage politique de la justice, hors de tout cadre judiciaire clair, remet en cause les principes mêmes de l’État de droit : présomption d’innocence, respect des procédures, indépendance des organes de contrôle.
Au lieu d’un fonctionnement républicain, c’est une logique d’intimidation et d’exclusion qui semble s’installer. Un dirigeant qui ne s’aligne pas est écarté, sans débat, sans défense, sans procès.
L’absence de réaction publique des organes censés veiller à la légalité et à la protection des droits est tout aussi préoccupante. Où sont les voix du Conseil Supérieur de la Magistrature ? De l’Assemblée Nationale ? Des organisations de défense des droits humains ?
Autorité ou autoritarisme ?
Il est temps de choisir : autorité ou autoritarisme ? Le pouvoir ne peut se construire sur l’intimidation et la peur.
La République ne peut tolérer que des responsables soient neutralisés pour leur refus d’obéir à des injonctions illégales.
Le cas Chançard Bolukola ne doit pas devenir une jurisprudence. Il doit, au contraire, être un signal d’alarme pour toutes les forces éprises de justice et d’équilibre républicain.
Le peuple congolais a droit à une gouvernance fondée sur les règles, non sur les caprices. Il a droit à des institutions qui protègent, non qui persécutent.
La démocratie congolaise mérite mieux. Le peuple aussi.






