L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a exprimé, dans un communiqué publié le 15 juillet 2025, de vives inquiétudes concernant la mise à la retraite de plus de 300 000 agents publics en République Démocratique du Congo. Si l’organisation reconnaît le bien-fondé d’une telle mesure dans un cadre de réforme de l’administration publique, elle dénonce l’absence de garanties sociales et de planification adéquate, jugeant la démarche précipitée et potentiellement déstabilisatrice.
Selon l’ODEP, cette réforme intervient dans un contexte socio-économique particulièrement fragile, marqué par la pauvreté, l’insécurité à l’Est du pays et une forte inflation. L’organisation estime que le gouvernement applique de manière rigide les prescriptions du Fonds Monétaire International (FMI), notamment dans le cadre de la Facilité Élargie de Crédit, sans tenir compte des impacts humains et sociaux. Une première vague en 2022, qui avait concerné 11 000 agents, aurait déjà révélé d’importantes carences, notamment en matière de paiement des indemnités, de suivi administratif et de désorganisation des services essentiels.
L’ODEP critique l’absence d’un cadre d’accompagnement social structuré. La Caisse Nationale de Sécurité Sociale des Agents Publics (CNSSAP), chargée de gérer cette transition, serait selon l’organisation insuffisamment équipée, tant sur le plan financier que logistique, pour faire face à un tel afflux. Cette situation expose des centaines de milliers de familles à un risque accru de précarité, en l’absence de couverture santé, de dispositifs de reconversion ou de soutien psychologique.
L’impact économique potentiel est également mis en avant : baisse du pouvoir d’achat, contraction de la consommation locale, hausse de la pauvreté multidimensionnelle, et risque accru de tensions sociales. L’ODEP estime que jusqu’à trois millions de personnes pourraient être affectées indirectement par cette mesure, dans un pays où le fonctionnaire reste souvent le principal soutien de sa famille.
Face à ces enjeux, l’ODEP appelle à la suspension immédiate du processus, à un audit de la CNSSAP, à la mise en place de mécanismes de compensation sociale, et à une renégociation des conditionnalités imposées par les partenaires financiers internationaux. L’organisation conclut en soulignant qu’une réforme ne saurait être considérée comme légitime si elle se fait au détriment de la justice sociale, de la dignité humaine et de la souveraineté nationale.






