Dans une lettre au ton solennel et critique, Lambert Mende Omalanga, ex-ministre de la Communication et fervent défenseur du régime Kabila, brise sa réserve pour adresser de vifs reproches à l’ancien président. Son intervention fait suite au discours du 23 mai 2025 et au retour de Joseph Kabila par la ville de Goma, encore sous emprise militaire du M23.
Pour Mende, ce choix est tout sauf anodin : “J’ai accueilli votre message et votre retour avec un profond malaise, tant le symbole de Goma occupée contraste avec l’appel à l’unité nationale que vous avez lancé.”
L’ancien porte-voix du régime kabiliste s’oppose aussi à la tendance de Joseph Kabila à imputer exclusivement à Félix Tshisekedi la détérioration actuelle du pays. À ses yeux, cela relève d’un révisionnisme politique inacceptable. “Il est réducteur de faire porter à lui seul le poids de notre débâcle collective, alors que les racines de nos maux plongent dans les décennies de prédation orchestrées par le Rwanda, qui a traversé tous les régimes depuis Mobutu jusqu’à aujourd’hui”, souligne-t-il. Pour Mende, cette stratégie rhétorique efface des responsabilités historiques majeures.
Mais c’est l’omission du rôle du Rwanda dans le chaos congolais qui scandalise le plus Mende. Il ne comprend pas que Joseph Kabila ait tu l’implication de Paul Kagame dans les tragédies de l’Est : “Votre silence sur celui qui incarne depuis trente ans la prédation de notre pays m’a bouleversé. J’ai eu l’impression d’avoir été dupé toutes ces années”, écrit-il. Il considère ce silence comme une trahison vis-à-vis des Congolais, d’autant plus insupportable qu’il fut lui-même la cible de sanctions pour avoir défendu cette politique étrangère.
Le ton devient plus accusateur lorsqu’il évoque les exactions récentes du M23 et des RDF à Goma et Bukavu. Mende rappelle le lourd tribut humain, évoquant “15.000 morts passés sous silence”, ce qui, selon lui, contribue à une réécriture dangereuse de l’histoire. Il questionne aussi les failles de l’armée congolaise, évoquant le brassage et le mixage des forces décidé à Sun City en 2002, une mesure qu’il juge à l’origine de l’actuelle fragilité militaire. “Peut-on continuer à dissimuler les erreurs d’hier en pointant seulement celles d’aujourd’hui ?”, interroge-t-il.
S’il reconnaît le mérite de Kabila d’avoir dénoncé le tribalisme, Mende s’étonne qu’il semble cautionner, par son silence, ceux qui collaborent aujourd’hui avec l’armée rwandaise. Pour lui, cette posture fragilise la cohésion nationale au lieu de la renforcer. “Comment espérer lutter contre le tribalisme si l’on reste indulgent envers les auteurs de crimes ciblés contre certaines communautés ?”, s’insurge-t-il. En appelant à un dialogue régional plus vaste, Lambert Mende clôt sa lettre sur un ton grave et patriotique, prenant ses distances avec un ancien allié qu’il juge aujourd’hui en contradiction flagrante avec les valeurs qu’il prétend défendre.






